Histoire de la SCÉDU

Tout au long de l’histoire de la médecine, de nouvelles techniques ont constamment été introduites. Plusieurs de ces nouvelles techniques n’étaient pas basées sur des données probantes quand elles ont commencé à être utilisées. Dans un grand nombre de cas, il s’est avéré que la nouvelle technique n’offrait aucun bénéfice aux patients, et ne représentait donc qu’un gaspillage de temps et de ressources. Une minorité a été franchement nuisible. Même les rares exemples qui ont résisté à l’épreuve du temps ont dû surmonter plusieurs difficultés. Trop souvent, les médecins qui utilisaient la nouvelle technique la pratiquaient sur des patients vivants, avec des résultats prévisibles. La SCÉDU est né d’un désir d’essayer de mieux faire les choses, et surtout, de les faire de manière plus sécuritaire. Peut-être pour la première fois dans l’histoire de la médecine, une technique a été introduite dans un domaine de la médecine avec des normes élevées dès le début.

L’ÉDU est loin d’être un concept nouveau. Il est né en Europe et au Japon dans les années 70 et a immigré aux États-Unis dans les années 90. Mais les Canadiens, pour le meilleur ou pour le pire, ont approché les choses à un rythme plus mesuré. Au tournant du nouveau millénaire, aussi surprenant que cela puisse paraitre, il n’y avait que deux hôpitaux dans l’ensemble du Canada où une machine à ultrasons pouvait être trouvée en dehors du département de radiologie. Ce nombre a commencé à changer en 2001 avec l’arrivée du cours ÉDU – Échographie au Département d’Urgence. En livrant directement l’enseignement de l’échographie aux départements d’urgence intéressés, le cours ÉDU a radicalement modifié la pénétrance de l’utilisation de l’ultrason dans les salles d’urgence au Canada. Plutôt que d’être formés individuellement, les médecins d’urgence canadiens étaient maintenant formés en groupes. Ceci apporta comme avantage de stimuler l’intérêt de tous les membres d’un même département quant aux bénéfices de l’ÉDU dans leur pratique quotidienne et ainsi surmonter les résistances administratives, financières et surtout politiques.

Malgré l’enthousiasme suscité par le cours d’ÉDU, les premiers instructeurs croyaient fermement qu’un cours d’introduction, peu importe sa qualité, ne pouvait pas garantir que les médecins utiliseraient l’ultrason d’une manière prudente et efficace. La SCÉDU a été formée spécifiquement pour promouvoir les normes les plus élevées possible pour l’utilisation de l’ultrason par les médecins canadiens. À cette fin, les normes en vigueur dans d’autres juridictions nationales ont été examinées. La SCÉDU a ensuite fixé ses propres normes. À ce jour, les normes de la SCÉDU restent les plus exigeantes au monde pour l’utilisation de l’ÉDU. Quant au programme de formation de praticien indépendant de la SCÉDU, il est le programme de formation supplémentaire en ÉDU le plus hautement reconnu au Canada. Le certificat de praticien indépendant est la seule preuve reconnue à l’échelle nationale de compétence en ÉDU.

Ce résultat remarquable n’a pu être atteint qu’après avoir surmonté une forte opposition. Fait intéressant, cette résistance est venue de deux côtés. D’une part, les radiologistes ont été consternés par ce qu’ils considéraient comme une incursion dans leur champ d’expertise et ils s’y sont fortement opposés. L’ironie est qu’en s’opposant à la SCÉDU, ils se sont rangés contre les personnes qui tentaient d’implanter des normes élevées pour l’ÉDU. D’autre part, il y a aussi eu de la résistance de la communauté de la médecine d’urgence à l’idée que ces normes leur soient imposées sur la spécialité elle-même. Plusieurs médecins d’urgence, même certains dans des postes de direction, ont estimé que tout un chacun pouvait décider par lui-même la formation minimale requise pour pratiquer l’ÉDU de façon sécuritaire. Certains médecins d’urgence ont même été jusqu’à soutenir que le programme actuel de conférences de morbidité et de mortalité serait suffisant pour corriger les erreurs qui pourraient être faites.

Grâce à leur persévérance sans bornes, les premiers adeptes de la SCÉDU ont continué à promouvoir leur point de vue. Lentement, l’idée que des compétences solides de génération et d’interprétation d’images étaient nécessaires pour une utilisation indépendante et sécuritaire de l’ÉDU a commencé à être acceptée. On ne peut sous-estimer le fait que ceux qui avaient reçu la certification de praticien indépendant de la SCÉDU faisaient très rarement, voire jamais, des erreurs dans l’interprétation des images. Ceci a sans aucun doute grandement contribué à réduire l’opposition de la communauté radiologique envers l’ÉDU. Simultanément, le nombre croissant de praticiens indépendants adhérents aux standards de la SCÉDU (au nombre de plusieurs milliers maintenant) a contribué à faire de la certification SCÉDU « l’étalon-or » pour l’utilisation indépendante de l’ÉDU.

Finalement, la SCÉDU ne pourrait passer sous silence l’immense contribution de son premier Conseil d’administration, qui a travaillé pendant plus d’une décennie, contre vents et marées, à guider et façonner ce qu’elle est aujourd’hui. Les contributions des Drs Peter Ross (président), Andrew Kirkpatrick (VP), Ray Wiss (secrétaire), Chuck Wurster (rep Atlantique), Sylvain Croteau (rep Québec), Robert Chen (Ontario représentant) et Ben Ho (rep Ouest du Canada) ne peuvent pas être sous-estimés et ils méritent toute notre gratitude.

IN MEMORIAM

La SCÉDU ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans la contribution remarquable de la Dre Claude Gervais, également un membre du Conseil fondateur. Elle fut la première praticienne indépendante à être certifiée par la SCÉDU suite à une formation faite exclusivement au Canada. Sa contribution au développement du matériel d’enseignement du cours ÉDU ainsi que des normes et processus de formation de la SCÉDU est inestimable. Pendant des années, elle a été l’instructrice principale pour le cours ÉDU au Québec. Plus tard, quand son rôle de mère limita sa capacité de voyager partout dans le pays pour enseigner l’ÉDU, elle est devenue la meilleure examinatrice de la SCÉDU au Canada. D’innombrables stagiaires ont bénéficié de sa patience et de sa perspicacité remarquable.

Tragiquement, Dre Gervais est décédée dans un accident de bateau dans les Caraïbes en décembre 2012. On se souviendra d’elle comme une pédiatre exceptionnelle, une enseignante hors pair, une mère extraordinaire et une partenaire de vie incroyable. Sa mort a laissé un énorme vide dans la vie de sa famille, ses amis et tous ceux qui ont revêtu le chandail d’instructeur du cours ÉDU.

Dre Claude Gervais (1960-2012)